L’appel

L’appel.

Il y a deux ans, le jour de l’équinoxe de printemps, quelque chose en moi a lâché.
Baignée de larmes, dans un état à la fois fragile et intensément lucide, j’ai écrit ce texte.
Il ne venait pas d’une volonté personnelle. Il s’est révélé, comme une parole qui cherchait à émerger.

J’envisageais alors de l’adresser à l’une de mes amies :

J’aimerais rencontrer un homme sain, peu importe son appartenance ou sa culture, du moment qu’il soit suffisamment conscient pour incarner la sagesse et en être une démonstration de cœur et de chair. Un homme intègre et sincère, capable de voir la femme que je suis dans toute sa vérité et qui, par son amour inconditionnel, me révèle à moi-même. Connais-tu un tel homme ?

Un homme qui ne m’offrirait pas de mots vides ni de discours culpabilisant, mais une parole ajustée à la Conscience de la Réalité. Un homme qui éclaire en moi ce que je n’arrive pas à voir par moi-même, qui libère ce que ma propre liberté ne me permet pas encore de guérir.

Un homme concerné par la gravité de l’existence et détaché de lui-même. Un homme qui me regarde avec un regard que je n’ai jamais vu, un regard doux, empreint de tendresse et de sincérité, dans lequel je pourrais me voir par transparence et qui me relierait à la puissance du Mystère.

Un homme dont la relation obéirait à cette règle, suivant l’expression de Kierkegaard : « la proximité absolue est dans la distance infinie ». Un homme qui aborderait l’échange avec un respect profond et illimité qui appellerait une telle force silencieuse que je serais irrévocablement transformée par la Grâce.

Je n’ai pas tant besoin qu’il parle. C’est dans la qualité de son silence que je ressentirai La Présence que je désire intimement rencontrer.

Mais je doute qu’un tel homme existe. Il me semble avoir perdu ma foi en l’homme. Et en pensant cela, je réalise que l’homme étant le reflet du Sacré, ma foi en la Vie est divisée.

Alors je souhaiterais rencontrer un homme dont la foi est totale, qui me transmettrait la puissance de sa conviction pour ne plus douter de moi-même et retrouver l’unité.

Si tu en connais un que je serais digne de rencontrer, je te serais infiniment reconnaissante de me le faire connaître. 

En écrivant ces mots, je compris que, dans mon espérance désespérée, je recherchais encore un maître, un père, un sauveur, un amour idéalisé… alors même que je savais, au fond de moi, que le véritable Maître est intérieur.

Cette révélation m’a traversée comme une onde. Une chaleur rayonnante s’est propagée depuis mon ventre jusqu’aux extrémités de mon corps. Face à l’évidence de cette vérité, j’ai ri à travers mes larmes, éprouvant à la fois libération et humilité.

Au fond, n’était-ce pas une quête impossible ?
Chercher une figure presque divine pour combler un vide qu’aucun être humain ne pourrait jamais remplir.

Ce que je projetais sur l’autre n’était pas une attente relationnelle ordinaire.
C’était une aspiration au sacré, une soif de vérité, un désir d’absolu.

Alors, quelque chose s’est déplacé. Ce n’était plus une demande adressée à l’extérieur.
C’était une invitation à reconnaître que cette présence que je cherchais, cette qualité d’être, cette profondeur de regard… ne pouvait être rencontrée que dans la mesure où je l’incarnais moi-même.

Alors, c’est à moi-même que j’adressais ces mots. C’est avec eux que je formais la prière qui m’accompagne sur le chemin de l’Être et de l’Amour véritable.

Véronique

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